Chasser le rat dans la jungle de Mae Hong Son avec Nudi

Nous arrivons dans l’après-midi à la maison Karen où nous passerons la seconde nuit de notre trek. Après avoir pu nous reposer un peu en prenant un bon thé, le guide nous informe que notre hôte Karen, Nudi, va partir déposer des pièges à rats. Des pièges à rats ? Mais pourquoi faire ? Pour attraper de quoi se nourrir dans les prochains jours pardi ! Malgré la fatigue de la marche, nous décidons de l’accompagner, en nous disant que ça ne devrait pas être très long.

Nous rejoignons donc Nudi, avec sa petite vingtaine de pièges sur l’épaule. Un piège est constitué par un segment de bambou fermé d’un côté, dans laquelle se trouve un déclencheur qui, lorsqu’il est percuté, ressert le collet situé à l’entrée du piège.

Nous voilà donc partis tous les trois, Nudi prenant la tête du trio. Malgré ses 63 ans, il dévale la pente à toute allure, celle-là même que nous avions eu tant de mal à monter une heure plus tôt. Je tourne la tête vers Marie et son regard traduit cette inquiétude commune quant à l’ampleur de la remontée à effectuer pour rentrer. Nous n’avons pas le temps de tergiverser et il serait de toute façon très hasardeux de tenter de retourner seuls à notre logis. Le terrain est raide et Nudi s’arrête pour tailler en trois coups de machette un bâton de marche en bamboo pour Marie.

C’est également à ce moment qu’il décide de poser son premier piège. Pour ce faire, il insère quelques grains de riz dans le bambou, arme le déclencheur, plante le piège dans la terre puis déverse quelques grains autour du piège afin d’appâter ses proies. Le geste est précis, méthodique. Avant de repartir, Nudi arrache un morceau de branche qu’il dépose sur le sol afin de se souvenir où il a placé ses pièges. Nous restons un peu pantois devant ce dernier geste. Il faut bien comprendre que nous sommes au milieu d’une forêt-jungle, avec de la verdure tout autour, à suivre un « chemin » qui n’en est clairement pas un (à part dans sa tête probablement). Comment peut-il repérer ce petit branchage posé au milieu de nulle part? Une vie à vivre dans la jungle sans doute !

Nous repartons poser le piège suivant. Montée, descente, enjambement de petits cours d’eau. Nous sommes totalement déboussolés. Le rituel complet se répétera une vingtaine de fois suivant toujours la même méthode en plaçant les pièges à des endroits précis, souvent sous des roches, à côté d’un tronc ou encore dans un talus. Le dernier piège posé, nous ne sommes finalement pas si loin de la maison, mais nous remontons d’une traite et sans zigzag la raide côte y menant.

Poser les pièges ne constitue que la première étape. Il faut ensuite aller les chercher. Il est donc 6h30 le lendemain matin quand je me lève seul pour aller faire la ronde de collecte avec Nudi, Marie préférant dormir un peu plus.

Le jour se lève tout juste. De la maison, nous avons une vue magique sur les montagnes et les paysages alentour. Nous nous élançons dans la sombre forêt ; les rayons du soleil pénètrent à peine au-travers de la dense végétation. Il fait sombre, j’ai les yeux encore embués mais je suis tout heureux de parcourir ce chemin invisible en compagnie de mon hôte. Nudi n’a aucune hésitation quant à l’emplacement de ses pièges. Le premier a fait mouche, c’est de bonne augure pour la suite. Il est tout fier de me montrer sa prise. Au total, un bon tiers des pièges ont fait mouche, et nous rentrons victorieux avec 7 rats. Après un petit déjeuner bien avalé, il est déjà l’heure de les quitter. Dommage, j’aurais presque eu envie d’y goûter à ces rats !

Jérôme

Une réflexion au sujet de « Chasser le rat dans la jungle de Mae Hong Son avec Nudi »

  1. C’est incroyable de réaliser que des peuples vivent à 100 lieux de notre civilisation. Cela fait réfléchir à l’abondance et la précarité dans laquelle nous vivons. Ces gens-là ont une force de vivre tellement plus grande que la nôtre. Je vous suis avec beaucoup d’humilité. Grosses bises.

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