« D’où viens-tu? »

La terrible question

 “Where are you from?” (Trad : D’où viens-tu ?). C’est une interrogation qui nous a été posée des dizaines de fois, voire des centaines de fois lors de notre grand voyage ; lorsque nous rencontrions non seulement d’autres voyageurs mais aussi des locaux. C’est une question de bienvenue, de simple curiosité, ou encore de nécessité pour savoir dans quelle langue nous pouvons échanger ; mais c’est aussi une question qui nous colle une étiquette.

En répondant un pays ou une nationalité, une liste d’a-priori ou d’attributs de personnalité nous est associée. C’est une question qui aide à catégoriser son interlocuteur pour pourvoir mieux appréhender la personne en fonction de ses références culturelles.

En fait, cette question implique plusieurs questionnements à la fois. Elle peut aussi bien vouloir dire « Où est-tu née ? » ; « Où résides-tu (habituellement / en dehors de ce voyage) » ; « Quelle est ta nationalité ? » ; ou encore pour les locaux « Viens-tu de très loin ? D’où viens-tu géographiquement ? »

Cette question semble toute simple. Sa réponse ne devrait pas demander réflexion. Et pourtant, ce n’est pas une question à laquelle il est si facile de répondre. À chaque fois que j’y réponds, j’ai l’impression de me questionner sur mon identité (Il faut croire que la question identitaire est une préoccupation qui nous accompagne depuis longtemps puisque le premier article de ce blog en parlait déjà !).

Pour beaucoup, tu es né, tu habites et tu as la nationalité d’un même endroit. Mais il existe d’autres situations moins simples. Par exemple : avoir des parents d’une nationalité donnée mais être né ou vivre dans un autre pays ; être né quelque part (nationalité) et vivre autre part (résidence).

Pour moi, cette question enveloppe une dualité qui me caractérise. Je suis née en France, j’habite au Canada, ma nationalité est Française ET Canadienne.

Au cours de notre voyage, j’ai remarqué que ma réponse pouvait être modifiée selon le moment ou l’interlocuteur.

  • Quand je manquais de temps pour m’expliquer, j’avais tendance à répondre « Je viens du Canada ». C’est de là que notre voyage a débuté, nous y avons laissés nos emplois, nos amis, et notre appartement. Nous y avons vécu au cours de la dernière décennie. Nos références de la vie quotidienne sont davantage en liens avec le Canada (par exemple, nous convertissons la monnaie locale en dollars et pas en euros qui est une monnaie plutôt abstraite pour nous).
  • Quand l’interlocuteur nous avait entendus échanger en français entre nous (avec Jérôme), j’avais tendance à répondre « French Canadian ». Ça permet de lui faire comprendre rapidement cette dualité et le pourquoi de l’usage du français. Mais cela pouvait entraîner une incertitude sur le fait qu’on soit français au Canada ou français du Canada (autrement dit : un québécois).
  • Et puis, quand l’occasion se prêtait à davantage d’échanges, j’expliquais que je possédais la double nationalité française et canadienne ; que j’étais née en France et que je vivais au Québec. Je parlais de mes racines françaises et de ma construction canadienne ; un mélange qui permet de comprendre mes références francophones et mon attitude nord-américaine. Pas tout à fait québécoise, mais plus tout à fait française.

Mais au fond, qui suis-je ?

Je suis Française car je suis née en France de parents français. Je suis Française car j’ai vécue en France pendant 18 ans. Je suis Française par le sol et le sang. J’ai une éducation, une culture, un sens de l’humour, tous très français. La France, c’est ma mère patrie, je la porte en moi comme mon bagage culturel. Ce sont mes racines. Je suis Française de souche.

Je suis Canadienne parce que je suis devenue une adulte au Canada : j’y suis arrivée à l’âge de 18 ans. C’est là où j’ai eu mes diplômes. C’est là où j’ai rencontré l’homme qui sera mon compagnon de vie. C’est là où je me suis mariée. C’est là où j’ai eu mes expériences professionnelles (mes premières et seules expériences de travail). C’est là où ma personnalité a évolué. Je suis Canadienne par ma manière d’être en société et mon rapport aux autres. La nationalité canadienne, ce n’est pas pour moi juste un bout de papier ou un passeport. C’est quelque chose que j’ai acquis au fil des années, que je suis devenue.

Je ne suis plus tout à fait française uniquement, et ne serai jamais québécoise pure laine. Je suis le fruit d’un mélange entre ces deux pays, et je suis particulièrement fière de cela. J’ai peut-être du mal à répondre à la question « D’où viens-tu ? », mais cela souligne juste une richesse que je veux chérir. Et puis, dans un monde globalisé où le voyage et l’expatriation sont de plus en plus encouragés, où les couples mixtes existent plus facilement, je pense que je ne suis pas la seule à vivre une telle situation. Ma différence est sans aucun doute une normalité pour beaucoup d’autres !

Dans tout ça, quel est le rôle du voyage ? Le voyage m’ouvre à d’autres civilisations, fait écho à mes références culturelles. Je comprends dans quel aspect je suis davantage française, dans quel autre je suis davantage canadienne en rencontrant d’autres voyageurs ou en faisant des liens « En France, c’est comme ça / Au Canada, c’est comme ça… etc. ». Tel un miroir, le voyage m’aide à prendre du recul sur mon identité et sans cesse la questionner.

4 réflexions au sujet de « « D’où viens-tu? » »

  1. Bel article, sincère et personnel. Je suis assez d’accord que cette question n’est pas si simple à répondre. Dans une moindre mesure je me retrouve un peu dans tes mots 🙂
    En tout cas, j’ai aimé te lire et te découvrir un peu plus à travers ces mots.

    • Merci Aline. Je pense que ces interrogations identitaires peuvent toucher tout voyageur qui en s’éloignant de ses racines se re-définit une identité nouvelle et transformée (même s’il est souvent difficile de la circonscrire clairement!). J’espère que vos pérégrinations vous apportent toujours autant de découvertes et de bonheur! Un baiser d’Espagne vers le VietNam!

  2. J’ai enfin pris le temps de te lire et j’ai beaucoup aimé. Comme quoi une question à priori toute simple peu déboucher sur des réponses très philosophiques.
    On ne prend plus le temps de réfléchir au sens de la vie.
    Merci pour cette pause phisophique

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